Ecologies contestées

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Les 17 et 18 janvier 2026, la rencontre « Écologies contestées : Territoires, toxicités et justice environnementale au Sénégal » a réuni à Bargny des représentants communautaires, chercheurs, élus locaux et acteurs associatifs autour d’un enjeu commun : comprendre et documenter les transformations rapides qui affectent le littoral et les zones industrialo-portuaires du pays. Pensée comme un espace de convergence intercommunale, la rencontre a mis en dialogue cinq communes (5 c) - Bargny, Yenne, Sendou, Sebikotane et Diamniadio - confrontés à des dynamiques d’industrialisation, d’urbanisation et d’exploitation énergétique qui reconfigurent leurs écosystèmes, leurs économies locales et leurs modes de vie. La dynamique engagée se poursuit aujourd’hui à travers une phase de cartographie participative en cours.

Présentation du projet 

Les 17 et 18 janvier 2026, la Médiathèque municipale Abasse Ndione de Bargny a accueilli deux journées de rencontres consacrées aux transformations écologiques et territoriales à l’œuvre sur le littoral sénégalais et dans ses arrière-pays industrialisés. Organisée par le RAPEN, en partenariat avec l’Université d’Oslo et l’Observatoire éco-citoyen, la rencontre a réuni acteurs communautaires, chercheurs, élus locaux, professionnel·les de la pêche, militant·es associatifs et représentant·es institutionnels.

Au cœur des échanges se trouvait la mise en dialogue de cinq territoires - Bargny, Yenne, Sendou, Sebikotane et Diamniadio - dont les trajectoires diffèrent mais qui se trouvent aujourd’hui pris dans des dynamiques de transformation liées. Certaines de ces communes sont historiquement tournées vers la mer et la pêche artisanale, d’autres vers l’agriculture ou des formes plus récentes d’urbanisation planifiée. Pourtant, toutes font face à une intensification des pressions liées à l’implantation d’infrastructures industrielles, portuaires et énergétiques, ainsi qu’à l’expansion urbaine et aux recompositions foncières qui les accompagnent.

Les discussions ont ainsi fait émerger une condition territoriale partagée : celle d’espaces situés à la jonction de projets d’aménagement d’envergure nationale et internationale, mais dont les populations locales assument directement les coûts sociaux, sanitaires, culturels et écologiques. Qu’il s’agisse de l’érosion du littoral, de la raréfaction des ressources halieutiques, de la pollution industrielle, de la perte de terres agricoles ou encore des menaces pesant sur des sites cultuels et patrimoniaux, les témoignages ont révélé des expériences différentes mais structurellement connectées.

Mettre ces réalités en regard a permis de dépasser une lecture fragmentée des impacts pour construire une compréhension intercommunale des enjeux environnementaux. La rencontre a ainsi posé les bases d’alliances territoriales fondées sur le partage d’expériences, la circulation des savoirs situés et l’élaboration de stratégies communes face à des transformations qui excèdent largement les frontières administratives.

Les discussions ont également été élargies à d’autres portions du littoral sénégalais. Les témoignages de Fama Sarr, depuis Saint-Louis, et de Bintou Sarr, dans le Delta du Sine-Saloum, ont déplacé le regard vers les effets de l’exploitation pétrolière et gazière offshore. Elles ont décrit la raréfaction du poisson, les zones désormais inaccessibles et l’incertitude croissante qui pèse sur les économies de pêche artisanale. Leurs interventions ont rappelé que ces bouleversements dépassent largement l’échelle locale et traversent l’ensemble des territoires côtiers.

À l’issue des deux journées, un consensus fort s’est dégagé autour de la nécessité de produire des outils capables de prolonger la parole collective et de soutenir les dynamiques de plaidoyer. C’est dans cette perspective qu’ont été engagés, d’une part, la rédaction d’un Manifeste citoyen pour la justice environnementale et, d’autre part, une cartographie participative actuellement en cours, visant à spatialiser les impacts identifiés et à renforcer la capacité d’action des territoires concernés.

Méthodologie du projet

La rencontre a été pensée comme un espace de co-élaboration, où les savoirs issus de la recherche viennent dialoguer avec ceux ancrés dans l’expérience quotidienne des territoires. Les tables rondes ont laissé une large place aux témoignages, tandis que les groupes de travail ont permis d’approfondir collectivement les constats et de formuler des pistes d’action. Répartis en cinq thématiques - Travail & Économie, Santé, Environnement, Culture & Culte, Juridique - les participant·es ont transformé leurs récits en propositions concrètes, posant les bases d’un Manifeste citoyen. La cartographie participative, aujourd’hui en cours, prolonge cette dynamique en donnant une forme visuelle aux réalités évoquées lors des rencontres. Elle ne se limite pas à localiser des infrastructures ou à signaler des zones de pollution mais cherche aussi à rendre visible ce qui se réduit, se fragilise ou disparaît : portions de littoral grignotées, espaces verts et forêts déclassées, terres agricoles en recul, zones de pêche restreintes, mais aussi lieux cultuels et culturels - ces lieux d’attachement qui structurent les souvenirs, les pratiques et les appartenances. En matérialisant ces pertes et ces tensions, la carte devient un outil à la fois analytique, mémoriel et politique. Enfin, la captation sonore réalisée par Teranga Lab participe à cette même logique méthodologique en documentant les voix et les débats pour en faire des ressources publiques.

Équipes / membres 

Cheikh Fadel Wade Charline Kopf Thierno Ndoye Daouda Larry Ndèye Yacine Dieng Fatou Samb Massogui Thiandioume Cheikhou Thiome Roykaha Diop Adiara Fall Ndiaye Cheikh Tidiane Ndiaye Idy Gueye Abdoulaye Diouf Mamadou Ngom

Évènements 

17–18 janvier 2026 — Écologies contestées : Rencontres intercommunales Médiathèque municipale Abasse Ndione, Bargny Statut : Passé Deux journées de rencontres réunissant représentants communautaires des cinq communes (Bargny, Yenne, Sendou, Sebikotane et Diamniadio), chercheurs, élus locaux et organisations environnementales. Tables rondes et groupes de travail thématiques ont permis de croiser analyses scientifiques et expériences situées, d’élaborer des recommandations collectives et d’initier la rédaction d’un Manifeste citoyen. C’est également dans ce cadre qu’a débuté le travail de cartographie participative.

Depuis janvier 2026 — Cartographie participative intercommunale Bargny, Yenne, Sendou, Sebikotane, Diamniadio Statut : En cours Engagée à la suite des ateliers de janvier, la cartographie participative vise à spatialiser les impacts environnementaux, sanitaires, économiques et culturels identifiés par les communautés. Une séance de co-construction s’est notamment tenue le 21 février 2026 à Bargny, réunissant les points focaux des cinq communes et le cartographe du projet afin de définir les éléments prioritaires à représenter (zones de pêche, infrastructures industrielles, sites culturels, zones à risque) et les principes méthodologiques de production des cartes.

Média et presse

Références

« Toxic infrastructures », Roadsides :

Tsing, Anna, et al., editors. Arts of Living on a Damaged Planet: Ghosts and Monsters of the Anthropocene. University of Minnesota Press, 2017.

Green, Lesley, ed. 2013. Contested Ecologies: Dialogues in the South on Nature and Knowledge. Cape Town, HSRC Press.

Duggan, M., & Gutiérrez-Ujaque, D. (2025). Counter-mapping as praxis: Participation, pedagogy, and creativity. Progress in Human Geography, 49(6), 562-580. https://doi.org/10.1177/03091325251348610

“This Is Not an Atlas - A Documentary on Counter-Cartographies” - lien