Observatoire

Qui sommes-nous ? 

Dédié à la connaissance des pollutions et de l’urbanisation de la zone Sebikotane- Diamniadio-Bargny, l’Observatoire éco-citoyen institue une alliance entre des chercheurs, des artistes, des activistes et des citoyens. Soutenu par le CNRS et l’UCAD, porté par l’IRL ESS, son objectif est de répondre à de fortes problématiques sociales, environnementales et sanitaires en créant sur place des conditions propices à la recherche scientifique, à la création artistique, au développement d’expérimentations et de collaborations avec les communautés locales au travers de compagnonnages qui s’éprouvent sur le terrain.

Où sommes-nous ?

L’Observatoire éco-citoyen se situe à Sebikotane, une commune située au front de la grande banlieue de Dakar, à 45 km de la capitale du Sénégal. Sebikotane a été coupée en deux : une première fois en 2016, par « l’Autoroute de l’avenir », et une deuxième fois en 2023, par la ligne de TER qui reliera, à long terme, Dakar à l’aéroport de Blaise Diagne situé sur le plateau de Diass.

Contexte de Sebikotane

Au cours de la dernière décennie, la population de Sebikotane a presque doublé, atteignant près de 43 000 habitants en 2023. Cette pression démographique a contribué à une transformation spatiale sans précédent du territoire, les zones résidentielles remplaçant les vergers d’agrumes familiaux qui faisaient la réputation de Sebikotane. La ville accueille aussi plusieurs installations industrielles : une usine d’amiante transformée récemment en usine de peinture, du maraichage agroindustriel en expansion constante dont les fruits et légumes sont destinés à l’exportation, une usine de farine de poisson chinoise, ainsi que trois complexes de recyclage de métaux (deux usines de recyclage d’acier et une usine de recyclage de plomb provenant des batteries de démarrage de tout type de véhicule – aujourd’hui délocalisée). Quinze ans après l’implantation des usines au milieu de la brousse, des champs et des vergers, la proximité spatiale entre les installations industrielles et les quartiers résidentiels est devenue problématique. La qualité de l’air, de l’eau, des sols, tout comme la santé et le tissu social sont en pleine mutation. Ce milieu de vie devenu typique de l’anthropocène le plus fulgurant est amené à devoir se recomposer avec des entités terrestres qui, pour être déjà éprouvées par les riverains, manquent encore de robustesse scientifique comme de représentation politique. Pour le dire autrement, les pollutions qui affectent les habitants ne sont pas encore prouvées par des enquêtes, ni mises à l’agenda des autorités compétentes. Telle est notre ambition pourtant : nous refusant à reléguer ce territoire au titre des zones sacrifiées sur l’autel du « Sénégal émergent », nous cherchons des manières de co-construire des connaissances pour contribuer à sa transformation sociale et écologique. Et pour ce faire, nous parions sur l’instauration d’un « forum hybride » expérimentant des formes de « démocratie dialogique » à l’occasion de « recherches collaboratives ».

Que faisons-nous ? 

Contribuer à la transformation sociale et écologique d’un territoire à travers des enquêtes scientifiques concernant des pollutions, c’est le défi que lance cet observatoire. La visée est d’y produire des connaissances qui rencontrent des préoccupations vitales des communautés, qui permettent de mieux comprendre les conséquences des pollutions sur la santé et les écosystèmes. En traitant des spécificités du lieu, ces recherches ont également une visée politique : il s’agit de co-construire des connaissances mobilisables par les habitants et les collectivités locales qui les représentent, qui puissent renforcer leur capacité d’agir pour changer la façon de vivre, comprendre et donner à voir des territoires « mutant ». En s’installant dans les marges urbaines de la région de Dakar, l’Observatoire se pense comme un lieu commun au service de l’intérêt général, accessible, ouvert, co-construit et réciproque. Ici, le design de la participation inclut une participation démocratique des individus auxquels est attribué une parole légitime renforcée par la production de données. S’y expérimentent différentes formes d’engagement, de participations et de collaborations entre chercheurs, artistes, et habitants qui font écho à de nombreuses situations de changement brutal de par le monde.

En s’appuyant non seulement sur un conseil scientifique (et un réseau d’universitaires régionaux) mais aussi sur un conseil citoyen, l’enjeu est d’intégrer une pluralité de points de vue afin d’identifier des questions de recherche partagées et de bénéficier des expériences, savoirs et savoir-faire des habitants. S’ouvre un espace dialogique, où s’hybrident et se partagent les savoirs sur le bien respirer et le bien vivre, renforçant les liens de confiance entre chercheurs, collectivités locales, entreprises et habitants et contribuant à la transformation sociale et écologique d’un territoire « mutant ». Cette science en actes et les connaissances qu’elle (co)-produit deviennent utiles à trois titres : socialement, l’élaboration-même des connaissances permet d’instaurer des liens au long cours entre des acteurs divers ; scientifiquement, l’hybridation des pratiques de connaissances permet d’élaborer des savoirs situés et efficaces, tant pour les chercheurs que pour les habitants ; politiquement, cette co-élaboration permet, à partir du commun négatif que sont les pollutions, d’instaurer un collectif en capacité d’agir.

Cette science en actes et les connaissances qu’elle (co)-produit deviennent utiles à trois titres : socialement, l’élaboration même des connaissances permet d’instaurer des liens au long cours entre des acteurs divers ; scientifiquement, l’hybridation des pratiques de connaissance permet d’élaborer des savoirs situés et efficaces, tant pour les chercheurs que pour les habitants ; politiquement, cette co-élaboration permet, à partir du commun négatif que sont les pollutions et l’accaparement des sols, d’instaurer un collectif hybride en capacité d’agir.

Quelle gouvernance ?

Un processus de concertation a permis l’instauration de cet Observatoire écocitoyen. Une succession d’ateliers a réuni une trentaine de participant·e·s qui se sont impliqués dans la cocréation d’un mode de gouvernance visant à l’instaurer comme transparent dans son fonctionnement, démocratique dans ses prises de décision et représentatif dans ses instances. Le cadre de gouvernance prévoit que chaque acteur (citoyens, élus, autorités locales, ONG, acteurs économiques) a une voix, et un rôle défini par le conseil auquel il appartient davantage que par sa position sociale. Ont participé aux ateliers des habitant.e.s de Sebikotane, Diamniadio, Bargny, Toubab Dialaw, des chefs de quartiers, des bajenu gox, des chercheurs, des représentants des usines (Someta), des médiateurs, des acteurs de théâtre-forum de la troupe de Sebikotane, des conseiller·es municipaux, des porteurs de projets associatifs, des acteurs de la société civile. A l’issue de cette série de rencontres, nous avons établi que l’Observatoire écocitoyen serait constitué de trois conseils.

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Les conseils

Ces trois conseils ont à leur charge, chacun avec ses compétences : • d’assurer la vigilance, l’observation et l’alerte quant aux effets des pollutions et de l’urbanisation sur la santé et l’environnement ; • d’assurer le progrès des connaissances sur les pollutions et sur l’urbanisation malgré toutes les incertitudes qui les entourent ; il s’agira d’accompagner les modalités de prévention des risques avérés et de co-construire les principes de précaution pour se prémunir de leurs effets potentiels ; • d’assurer la continuité des actions à mener aux niveaux scientifique, administratif et communautaire dans les cinq années à venir.

Conseil scientifique

Le conseil scientifique, composé d’une vingtaine de membres, chercheurs du CNRS, de l’UCAD, et chercheurs à l’international, est chargé de documenter la situation sanitaire et environnementale, par des processus de co-construction du protocole aux résultats. Il s’agit, pour les chercheurs, de faire science avec des communautés d’observation, des communautés d’interprétation et des communautés d’action, en réponse aux situations sanitaires et environnementales relevées par le conseil citoyen. Il s’agit de faire des sciences de manière novatrice, pour les mettre au service de la soutenabilité.

Conseil citoyen  

Le conseil citoyen est composé de personnes impliquées dans la gestion des pollutions (dans et hors des usines) et de l’urbanisation. Il a en charge le relais des préoccupations des habitants sur la situation sanitaire et environnementale : ce conseil fera remonter les préoccupations des habitants, que ces préoccupations soient vitales (aux abords des usines ou en prise avec la mutation urbaine), techniques (à l’intérieur des usines ou sous l’effet de l’artificialisation des milieux de vie), ou administratives (sur la gestion et l’aménagement du territoire). Il s’agit de prendre en considération tous les points de vue.

Conseil de coordination

Le conseil exécutif (ou de coordination) est chargé du bon fonctionnement de l’Observatoire et de l’instauration d’un dialogue entre les différentes parties prenantes. L’Observatoire écocitoyen se propose comme un tiers de confiance offrant un espace de dialogue et un cadre de réflexion aux habitants et acteurs locaux confrontés aux problèmes sanitaires et environnementaux. Il s’agit d’assurer la transformation des préoccupations en connaissances et des connaissances co-construites en réponses responsables et durables. Autrement dit de faire valoir justement le point de vue des communautés, instruit par des co-enquêtes scientifiques, dans le cadrage public des problèmes qui les concernent.

Gouvernance

gouvernance Légende : schéma de gouvernance

La description de la gouvernance de notre collectif mouvant reste à faire : d’un côté, une constitution et des ambitions, de l’autre, des acteurs qui se démultiplient et des liens qui s’intensifient. Mais il est devenu difficile de caractériser d’où viennent les décisions. Il est plus aisé de décrire par où elles passent et quels en sont les effets. Réalisée à partir des archives et de la documentation du projet AirGeo, la Figure 1 donne à voir l’évolution de la structure du collectif de 2021 à 2025. Chaque graphe (1a et 1b) illustre un état du réseau à une date donnée. Les individus impliqués dans le projet sont représentés par des cercles. La couleur des cercles indique le rôle des individus au sein du projet. Les liens (gris clair) indiquent les relations entre ces individus, établies sur la base de leur participation commune à une même activité au sein du collectif. Ces activités, de nature diverse, incluent des réunions, des dispositifs de science participative (comme le déploiement des capteurs-écorces), des événements de restitution des résultats ou encore des séminaires de recherche. Plus les personnes participent aux mêmes activités, plus les cercles qui les représentent sont proches dans le réseau.

Financements

Organismes de financements

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Récompenses

 27 juin 2024 - Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche -- AirGeo reçoit le prix "Co-construction" à l'occasion de la troisième remise des prix nationaux de la recherche participative -- Un projet de recherche du CNRS reçoit le prix de la recherche participative | CNRS Prix "Co-construction"