Date 15/12/2025
Localisation Kip-Kip, Sebi-Fass, Sebi-Gare, Dougar
Contact Mélina Macouin, Yann Philippe Tastevin
Financements Belmont Forum, ANR, futurearth, Heinrich Böll Stiftung Dakar, CEA Agir
Partenariat CNRS, UCAD, Mairie de Sebikotane, Kër Thiossane, Teranga Lab
Médium théatre-forum

Genèse du projet 

Tout a commencé par une rencontre entre une géophysicienne et un anthropologue des techniques. De la combinaison de leurs approches radicalement différentes est né le projet AirGeo. Mélina Macouin démarre en 2018, dans la ville de Toulouse, un premier projet sur les particules et nanoparticules magnétiques issues du trafic routier. Cette spécialiste du magnétisme environnemental a mis au point un nouveau dispositif : des écorces de platanes utilisées comme bases de capteurs passifs pour l’évaluation de la qualité de l’air. Le principe est étonnant, il se matérialise par un kit facile à monter. Cette petite guirlande d’écorces à installer chez soi est une invitation à participer à la science. Cette première expérimentation est un succès. Yann Philippe Tastevin mène alors des enquêtes ethnographiques, entre l’Europe, l’Afrique de l’Ouest et l’Inde, sur des filières transnationales de récupération et de transformation des métaux. C’est au Sénégal que son chemin croise celui des membres du centre culturel sénégalais Kër Thiossane et notamment de son fablab Defko Ak Niëp (“faire ensemble”), où il organise des ateliers participatifs de conception avec des réparateurs, des fondeurs et des ferrailleurs qui récupèrent, entre autres choses, les composants de voitures hors d’usage. C’est encore au Sénégal, à Sebikotane, bourgade paisible devenue, ces dix dernières années, un pôle industriel majeur de 35 000 habitants que la mairie, les habitants potentiellement exposés aux particules émises par les industries de recyclage des métaux, interpellent l’anthropologue : ils veulent connaître la qualité de l’air qu’ils respirent au quotidien. Au départ du projet AirGeo, il y a donc la volonté́ d’une rencontre, entre des questionsscientifiques et des préoccupations habitantes : d’un côté, un capteur passif low-tech de la qualité de l’air à base d'écorce d’arbre, de l’autre les inquiétudes des habitants de la région de Dakar qui vivent avec les fumées des usines.

Les différentes étapes du Projet AirGeo Sénégal 2021 - 2023

En mêlant des acteurs locaux et des scientifiques, en fabricant avec les habitants des capteurs qui « obligent » à une coordination élargie de l'activité de mesure, en créant une communauté qui s’appuie sur la force des liens sociaux dans les quartiers, en discutant des protocoles puis en organisant collectivement la restitution des données et des résultats, cela permet d’instaurer et d’entretenir la confiance dans le collectif et le processus participatif, de mettre à profit les savoirs et savoir-faire des habitants pour la collecte et l’interprétation des données, tout en contribuant à donner prise aux citoyens sur un problème qui les concerne. Ici, le design de la participation inclut une participation démocratique des individus auxquels est attribué, si ce n’est un statut d’expert, tout du moins une parole légitime renforcée par la production de données. AirGeo – 1ère étape - novembre 2021- Co-design du capteur passif « écorce » De Toulouse à Sebikotane, des écorces de platane à celles d’eucalyptus, un deuxième dispositif est conçu pour être adapté à ce nouveau territoire et porter les valeurs du projet. Makers et artisans du Fablab Kër Thiossane, artistes et designers d’Ultra-Ordinaire se sont joints aux scientifiques en géosciences, en aérologie et en anthropologie dans un workshop pour repenser l’objet et finalement réinventer collectivement le capteur. Low-tech, peu cher, non impactant, ces capteurs passifs, pensés comme des petits pièges à particules, peuvent se déployer à grande échelle avec un double avantage, spatialiser la mesure de la qualité de l’air et élargir les cercles des personnes concernées par la mesure : des capteurs non-connectés mais qui obligent à une connexion chercheurs-citoyens.

AirGeo – 2ème étape - janvier 2022 - Résidence Arts-Sciences-Société - Déploiement

En amont de la résidence, les chercheurs présents au Sénégal effectuent une série de « visites de courtoisie », de prises de contact, de réunions de travail avec les équipes municipales, les différents représentants des parties-prenantes, non pas pour présenter un projet-clé en main, mais définir des objectifs communs et négocier les termes d’une collaboration. Des réunions publiques avec l’ensemble des collectifs rencontrés ont été l’occasion d'officialiser leur implication dans le projet. En janvier 2022, l’équipe AirGeo est accueillie à Sebikotane pour la fabrication et l’installation des 200 capteurs-écorces. Ce déploiement à grande échelle été rendu possible grâce à une dynamique exceptionnelle lancée lors d’une résidence arts-sciences-société. Pendant deux semaines, un rassemblement au centre Tadjabone (une maison des jeunes et de la culture), a favorisé les échanges, la traduction des concepts et des méthodes entre chercheurs et non- chercheurs, la légitimation des habitants à participer à l’évaluation de leur environnement. Le maire, les élus, les services techniques, les délégués de quartier, les femmes responsables de la santé communautaire, les jeunes du centre et les bénévoles du secteur associatif, des comédiens de théâtre forum et des habitants se sont engagés dans le projet. La question de la qualité de l’air avait fait l’objet de conflits sur la commune lors de l’installation des usines de recyclage entre 2010 et 2019. Près de 2 000 personnes ont été mobilisées pour la réussite du projet : expérimenter de nouvelles manières démocratiques de mesurer les pollutions.

AirGeo – 3ème étape - février 2022 - juin 2023

De l’installation dans la cour des maisons à la récupération des capteurs-écorces au bout de 6 mois d’exposition, puis durant l’année nécessaire à leur analyse, notre projet de recherche participative a pris une nouvelle ampleur : Durant 18 mois, toute une série d’enquêtes, initiée en sociologie et anthropologie des pollutions, en géosciences, en santé, en écologie, en littérature, a donné lieu à un foisonnement de rencontres et de témoignages entre scientifiques et responsables communautaires, entre scientifiques et habitants, entre habitants et responsables communautaires. De ces échanges a émergé l’idée d’un Forum-Festival sur la santé et l’environnement : Noyyindoo (« Ensemble respirons ») dont l’organisation et le financement ont été assurés par un comité de coordination composé de représentants des parties prenantes.

AirGeo – 4ème étape - juin 2023 - Forum « Noyyindoo » - Restitution des résultats

En juin 2023, les connaissances co-construites lors de ces enquêtes ont été mises en commun, pour les interpréter ensemble dans l’idée d’envisager des actions durables pour bien respirer et bien vivre à Sebikotane. Les conseils de quartiers où l’installation des usines avait été l’objet de conflits se sont organisés pour accueillir le collectif AirGeo, composé des médiateurs, des chercheurs et des artistes du projet. Par la forte mobilisation de chacun, la présentation des résultats s’est transformée en mini-forums dans chacun des quartiers. Ces échanges ont eu pour objet non seulement la discussion autour des capteurs-écorces, mais aussi la question sensible de la qualité de l’air qu’on respire à Sebikotane, le devenir urbain et l’habitabilité de ce territoire en transition : voir le film des forums de quartier.

Méthodologie

Le projet de recherche fait le pari d’initier de nouvelles pratiques mêlant des scientifiques d’horizons divers, des sciences de l’environnement et sciences humaines, des artistes et des acteurs locaux. AirGeo propose des dispositifs de sciences participatives, reliant chercheurs, habitants, acteurs locaux et artistes lors d’ateliers permettant de « faire ensemble » et de développer ainsi des approches à la fois sensibles et réflexives. Le projet AirGeo s’applique ainsi à faire sortir les études scientifiques des ‘laboratoires’.

Un projet interdisciplinaire 

En mobilisant des disciplines géologiques, sociales et environnementales, les résultats scientifiques ont dépassé les attentes. Notre démarche a permis une évolution de l'interdisciplinarité, entre sciences sociales et géosciences, favorisant la génération d’un dispositif métrologique pour (i) identifier les sources et quantifier les contributeurs d’émissions, (ii) étudier les liens entre émissions et exposition aux contaminants. Notre projet a fait émerger de nouvelles questions de recherche sur le rôle du dispositif technique et les effets du mode de captation (capteurs passifs bio-sourcés versus capteurs connectés) dans la constitution des publics des métrologies citoyennes (genre, milieu socio-économique, âge, etc.). Des questions sur la socialisation des résultats et leurs effets politiques : comment envisager des possibilités de vivre avec des usines sous le mode de la réhabilitation, de la réparation, du réaménagement ou de la régénération ? Comment limiter les effets d’un développement industriel et urbain fulgurant en articulant connaissances scientifiques, création artistiques et savoirs locaux? 

Quelle a été la répartition des rôles et le partage des tâches entre chercheurs et non-chercheurs ? 

A chaque étape du projet, la pertinence de la démarche a été discutée entre les parties prenantes. Pour déployer les capteurs jusqu’au cœur des concessions, la collaboration des délégués de quartier et des Badiene Gokh a été décisive. Des réunions au Centre Tadjabone ont permis d’affiner la démarche de déploiement : quelles sont les zones à privilégier, quels sont les problèmes, quel discours tenir ? Le déploiement des capteurs dans les maisons, leur récupération 6 mois plus tard sont assurés par 14 médiateurs, des jeunes étudiants du centre ou habitants les quartiers étudiés sous la supervision des chercheurs. Certains ont été formés aux prélèvements de sols ou ont appris à manier les différents instruments de mesure. D'autres relèvent chaque semaine les filtres et assurent la maintenance des pompes sur filtres en lien avec les services techniques de l'hôpital qui héberge la station du projet. Enfin, les questionnaires SHS ont été élaborés par les chercheurs, puis testés, remaniés et finalement approuvés par les médiateurs. Les savoirs et savoir-faire locaux ont été mobilisés pour le choix des écorces et le design du capteur, les perceptions des riverains et leur expérience ordinaire des pollutions ont été documentées pour orienter le dispositif de mesure (dimensionnement et distribution géographique des capteurs). Les artistes engagés dans le projet ont cherché à traduire les attentions scientifiques à un plus grand nombre, en faisant appel à des langages variés et sensibles. À chaque étape, les différentes parties prenantes interprètent les résultats suivant leur implication dans la phase du projet (cf. la figure n°2 en annexe). Si les enquêtes de terrain sont interprétées dans l’étape 3 par l’équipe de recherche, l’interprétation transdisciplinaire nécessite un nouveau cycle qui constitue l’étape 4. Pour la communication et la valorisation des résultats, une attention a été portée à la participation tant des chercheurs que des parties prenantes dans les médias (radio, presse, TV locales, nationales et internationales). Un blog en forme de journal de bord collectif est édité par une écrivaine. Le projet AirGeo a connu une belle diffusion (voir la revue de presse). Résultats : En juin 2023, les conseils de chaque quartier se sont organisés pour accueillir trois mini-forums alliant l'exposition « Inspire et Embarque » et, moments d’exposés des chercheurs, pièces de théâtre et débats en une même soirée. La participation massive d’habitants de tous âges et appartenant à toutes les catégories sociales a été remarquée. Au centre Tadjabone : plus de 300 jeunes élèves de primaires et lycéens ont vu l’exposition. 2 pièces de théâtre-forum : 12 comédiens de Sebikotane se sont réunis autour du metteur en scène de renommée internationale Mamadou Diol pour constituer une nouvelle troupe. Deux pièces de théâtre ont été composées pour présenter le projet puis ses résultats au cœur des quartiers. Pour ces deux créations, un travail d’enquête a été réalisé par la troupe qui a été associée au déroulement du projet et à ses implications sur le territoire. Plus de 600 personnes ont vu la pièce et ont pu à chaque représentation, prendre la parole pour réagie par rapport à l’annonce des résultats, à leurs attentes ou questionnements. (Cf. notre chaîne Youtube).

Les retombées concrètes du projet

La plus-value de la démarche participative pour la recherche : 

En menant cette expérience de biosurveillance scientifique et citoyenne, des formes nouvelles de vigilance distribuée, s’exerçant « avec » et à partir de la perspective des habitants transforment non seulement les connaissances sur la pollution, mais aussi le regard porté sur le territoire, obligeant ceux qui s’y adonnent à réfléchir « ensemble » aux conditions de son habitabilité. Notre démarche se transforme à son tour et s’ancre durablement dans le territoire par la mise en place d’un observatoire transdisciplinaire des changements environnementaux de Sebikotane et Diamniadio, soutenu par le CNRS et l’Université de Dakar. Cet observatoire s’appuyant sur cette alliance forte entre habitants, chercheurs et artistes, va permettre de

Équipes / membres 

Évènements 

Média / presse / références

Publications scientifiques 

Autres publications 

Communiqués de presse pour le prix de la recherche participative

Galerie 

Photos (voir dossier images)

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