Kër Gu Mag

La troupe de théâtre Kër Gu Mag de Sebikotane se distingue par son engagement profond face aux enjeux environnementaux, ciblant particulièrement les pollutions de l’air, de l’eau, des sols et leurs impacts sur la santé humaine. Composé d’une quinzaine de comédiens issus des troupes locales, Kër Gu Mag pérennise à Sebikotane la pratique du théâtre-forum initiée en 2021 avec le metteur en scène Mamadou Diol et se poursuivant aujourd’hui avec d’autres metteurs en scène encore. Le 1er janvier 2025, le centre culturel « Kër Gu Mag » est fondé dans le quartier populaire de Darou et la troupe se monte en association dans le cours de l’année. Que ce soit par la création de pièces, de saynètes qui introduisent des causeries ou l’organisation d’un festival, sa démarche artistique originale, articulée à la démarche de l’enquête, fait le pont entre les préoccupations quotidiennes des habitants et les démarches scientifiques menées au sein de l’Observatoire écocitoyen. Kër Gu Mag travaille à ouvrir, avec art, des espaces de concertation pour qu’un public se rende attentif aux questions les plus complexes et les plus délicates – qui touchent ici aux pollutions et à la vie.

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Présentation du projet 

Sebikotane, Diamniadio, Bargny, Sendou, Yenne – villes industrielles. Cette activité entraîne des pollutions significatives, affectant la qualité de l’air, de l’eau, des sols et la santé des habitants.

On le sait : Les pollutions sont un danger pour la santé, mais pas seulement : Les pollutions abîment aussi les paysages  Les pollutions polluent aussi la qualité des échanges en société. Les pollutions mettent les sciences au défi parce qu’elles obligent à croiser les connaissances des habitants avec celles des chercheurs Les pollutions perturbent aussi l’action publique parce qu’elles concentrent des intérêts très divergents. 

Pour toutes ces raisons, les pollutions exigent qu’on se réorganise pour leur faire front, ensemble.

Consciente des défis environnementaux auxquels la zone est confrontée, la troupe Kër Gu Mag a choisi de se spécialiser sur les thèmes des pollutions et de l’environnement, pour que la « grande maison » (kër gu mag en wolof) continue d’être viable, habitable, accueillante.

La troupe aborde ces questions du bien-vivre de manière participative et interactive, en utilisant les techniques du théâtre-forum pour mettre en scène des situations de la vie quotidienne liées à la pollution et à la dégradation de l’environnement, et permettre au public de prendre conscience de l’impact de ses actions sur l’écosystème. Pour ce faire, la troupe s’appuie sur des enquêtes et des données scientifiques pour exposer en public les problèmes liés aux pollutions et inviter les spectateurs à participer au jeu, en proposant des versions alternatives aux situations présentées sur scène.

Enquêter, créer, sensibiliser, rassembler : le théâtre-forum contribue à représenter publiquement les problèmes complexes et délicats liés aux pollutions, et à trouver ensemble des pistes d’actions possibles pour les transformer.

Méthodologie du projet

Le Théâtre-forum, un outil dialogique de conscientisation communautaire :

Le groupe KËR GU MAG pratique le théâtre-forum comme principal outil d’expression et de mobilisation. Cette forme de théâtre participatif permet d’impliquer le public, celui des habitants comme celui des scientifiques et des autorités, dans une conversation communautaire pour la compréhension des problèmes abordés et la mise en action concertée.

Le spectacle de théâtre-forum se divise en trois parties : la représentation théâtrale, le procès, et le forum.

La démarche du théâtre-forum implique quant à elle plusieurs phases : les enquêtes, la mobilisation du public, la création, le spectacle.

Le Théâtre-forum, un processus de création attentif au contexte

Comme méthode de théâtre interactif, le théâtre-forum est une des formes du « théâtre de l’opprimé ». C’est un théâtre qui « est fait par le peuple et pour le peuple » qui se fonde sur deux convictions : celle que le théâtre peut et doit être un outil pour changer le monde, et celle que l’être humain possède le langage théâtral.

Dans un premier temps, la troupe s’attache à enquêter sur la situation par une phase de fouilles : elle s’informe sur les préoccupations des habitants, sur les projets urbains auprès des autorités, auprès des scientifiques pour comprendre quelles sont leurs avancées sur la connaissance des pollutions.

Puis, vient la phase de création d’une pièce : improvisations, écritures, reprises, création des personnages et des situations, travail du jeu d’acteurs, des costumes, des accessoires et des décors… il s’agit de créer un spectacle à part entière, avec son immersion esthétique, qui réponde à la situation posée scientifiquement tout en prenant en compte des points de vue différents qui existent dans la communauté. Le soin apporté à cette phase, en évitant un aspect informel, rehausse la qualité professionnelle du rendu final. L’enjeu est bien de tenir à la fois la valeur artistique et thématique de l’œuvre théâtrale, rendant un spectacle mémorable et engageant pour le public, ce qui peut se traduire par une portée plus grande dans la qualité des débats qui suivront la pièce.

Ensuite, les membres de la troupe ont à mobiliser un public : comme tout acteur communautaire, ils organisent la représentation au cœur des quartiers, en informant les délégués de quartier, en prenant contact avec les groupements de femmes, les associations et les réseaux d’acteurs concernés par le problème posé par la pièce.

Le jour de la représentation, les comédiens jouent une pièce courte évoquant des situations conflictuelles qui parlent à tous parce qu’elles reprennent des tensions existantes. L’art du théâtre les présente avec du jeu :  hautes tensions dramatiques et décharges comiques permettent que les spectateurs puissent se reconnaître sans en être offensés, mais se sentent interpelés sur leurs responsabilités. La pièce permet de mettre en partage le difficile à dire dans des situations complexes.

Et enfin, à l’issue de la pièce, le spectateur, désormais « spect-acteur » a un rôle fondamental : il est appelé à mettre en place des alternatives possibles aux difficultés rencontrées. En abattant la barrière entre spectateur et acteur, le but est de conscientiser le public et de le rendre acteur de son destin.

Or le public est divers, il est composé d’habitants, de scientifiques, d’autorités : à partir des émotions partagées, le théâtre-forum donne l’occasion de se préoccuper en commun de problèmes qui affectent la qualité de vie de chacun.

Le théâtre-forum, son fonctionnement souple, ses fonctions démocratiques

L’avantage du théâtre-forum est qu’il peut être pratiqué dans n’importe quel type d’espace (en plein air, dans les quartiers, sur des places publiques, dans des écoles) et requiert peu de moyens logistiques.

Le théâtre-forum, en plus de l’utilisation de la langue locale, se distingue par le fait qu’il peut être pratiqué dans n’importe quel espace sans souffrir de la rigueur des normes techniques conventionnelles auquel le théâtre occidental ou professionnel est soumis. Son format souple lui permet de s’adapter aux situations : sous forme de pièces, sous formes de saynètes, sur une place publique, dans un colloque, et même en salle de théâtre ! L’important est qu’il s’insère dans les échanges pour en améliorer la compréhension commune et la responsabilité de chacun.

Le Théâtre de l’opprimé évolue dans les limites entre le théâtre, l’éducation, la thérapie, l’intervention sociale, l’animation de développement communautaire, la politique et les forums sciences et société. Cette approche permet d’aborder des thèmes très difficiles à aborder par la communication classique, que ce soit pour le changement de comportements individuels ou pour les prises de décision collectives.

Sa fonction est de sensibiliser par la pratique, de former par le vécu, d’informer en exhibant une illégalité politique, sociale, épistémique ou encore une injustice environnementale, et d’ouvrir un espace dialogique et responsable. Il s’agit d’inciter les spect’acteurs à intervenir, à échanger, à s’écouter et à réfléchir ensemble comment changer la situation. En faisant cela, il instaure une confiance entre les présents qui sont d’horizons divers, et malgré la difficulté des sujets abordés.

Équipes / membres 

Présidente : Adiara Fall NDIAYE

Secrétaire Général : El Hadji Saliou THIAM, alias BAABEL

Trésorière Générale : Ndeye Khady DIOP

Membres du Comité directeur (hors bureau) : Keba FALL Ousseynou KA Djibril SY, alias DJIBY Babacar SENE Madiakhate GUEYE, alias BAYE GEYE Ibrahima Mbacke TOP Ousseynou Gueye FALL Assane SENE

Direction artistique : Ousseynou Gueye FALL Rockaya COULYBALY, alia MAMAN ROSE

Artistes comédiens impliqués au fil des créations : Rockaya COULYBALY, alia MAMAN ROSE Ndeye Khady DIOP Ndiaga DIOP DJOUGA Ousseynou Gueye FALL Madiakhate GUEYE, alias BAYE GEYE Ousseynou KA Modou MBAYE Assane SENE Babacar SENE Ndeye Fatou SIDIBE, alias NDEYE SOW Tanor SY, alias DJ TANZA Djibril SY, alias DJIBY Aminata TALL El Hadji Saliou THIAM, alias BAABEL Ibrahima Mbacke TOP

Soutien logistique : Ameth DIOP
Keba FALL Moustapha NGONE

Mentor et metteur en scène : Mamadou DIOL et plus largement le centre Kàddu Yaraax joue le rôle de lieu de formation et d’appui en compétences : Leity KANE pour l’administration, la coordination et la formation des jockers Mobdji ARONA et Masseye NDIAYE pour la formation de l’acteur

Metteurs en scène de théâtre-forum invités : Clara DESCHODT, trois mois en 2025 Uri NOY MEYER, une semaine en 2026

Compagnonnage arts-sciences : Claire DUTRAIT

Évènements 

CRÉATION DE PIÈCES et de SAYNÈTES :

Capteurs, 2022, Mise en scène : Mamadou Diol Thématique : la qualité de l’air à Sebikotane et le déploiement des capteurs-écorces par le projet AirGeo • Peut-on se fier à des capteurs alors qu’ils ne ressemblent pas à des capteurs ? Diffusion : quatre représentations en janvier 2022 à Sebikotane (Centre Tadjabone, Kip-Kip, Sebi-Fass, Sebi-Gare)

Lien vers AirGeo

2_PHOTO%20-%20capteurs%20Sebigare%28c%29%20Marion%20Louisgrand Légende : Capteurs, Représentation à SebiGare, janvier 2022, © Marion Louisgrand

Capteurs, le retour, 2023, Mise en scène : Mamadou Diol Thématiques : la qualité de l’air à Sebikotane et les résultats scientifiques du projet AirGeo • Comment faire pour s’organiser alors que les résultats scientifiques ne sont pas encore complets ? Accompagnement artistique : Cheikh Massey, Mbodji Arona Diffusion : • Lors des mini-forums Noyyindoo de Sebikotane, organisés par les conseils de quartier de Kip-Kip, Sebi-Fass, Sebi-Gare, juin 2023 • Lors du festival international de théâtre-forum de Kàddu Yaraax, Dakar, octobre 2024 • Dans une deuxième version, au Centre Douta Seck de Dakar en ouverture du colloque international « Littérature africaine et écologie » de l’Université Cheikh Anta Diop, novembre 2024 Lien vers AirGeo Hypothèses

Légende de la vidéo : Capteurs, le Retour Représentation à SebiFass, juin 2023]

Le Bentégné de Sorokh, 2025, Mise en scène : Mamadou Diol Thématiques : déclassements et régénération de la forêt classée de Sebikotane • Comment donner des titres fonciers à nos voisins les arbres ? Diffusion : • La pièce entière suivie d’un « tribunal » a été jouée dans le quartier de Sorokh de Sebikotane, avec la participation du groupement de femmes de Sorok • Elle a aussi été montrée sous la forme de saynètes introduisant la table ronde consacrée à la même thématique lors du forum Noyyindoo 2025

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La Résistance de Sebi-Gare, 2025, Mise en scène : Mamadou Diol Thématiques : projet d’installation d’une nouvelle usine dans le quartier de Sebi-Gare • Comment vivre avec des usines qui apportent salaires, mais qui polluent jusqu’au débat public ? Diffusion : • La pièce a été montrée sous la forme de saynètes introduisant la table ronde consacrée aux mesures de la qualité de l’air lors du forum Noyyindoo, janvier 2025. • Elle a été reprise dans une deuxième version lors du Festival Kër Gu Mag « Thêatre-forum et pollutions », janvier 2026. Accompagnement artistique de la reprise : Uri Noy Meier

8_PHOTO%20%28c%29%20Ousseynou%20Gueye%20Fall Légende : La Résistance de Sebi-Gare, scène 1, représentation au forum Noyyindoo 2025, janvier 2025, en introduction de la causerie sur les pollutions © Ousseynou Gueye Fall

Wergu Yaram (La Santé avant tout), 2025, Mise en scène : Clara Deschodt Thématiques : les effets des industries sur la santé, dans et hors des usines. • Comment faire valoir la santé avant tout face aux usines ? Diffusion : • La pièce entière suivie d’un « tribunal » a été jouée lors du Festival Kaddu Yaraax, novembre 2025

Koumba am ndey ak Koumba amul ndey, (Koumba avec mère et Koumba sans mère) 2025, Mise en scène : Mamadou Diol Thématiques : l’installation du nouveau Port de Ndayene et le risque de perte des liens à la culture (de la terre et des traditions) • Comment faire valoir la culture face aux projets industriels ? Diffusion : • La pièce suivie d’un « tribunal » a été jouée lors du Festival de théâtre de Toubab Diallaw, décembre 2025

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Légende : Koumba am ndey ak Koumba amul ndey, représentation au festival Théâtre-forum et pollution, Kër Gu Mag, janvier 2026, avec tribunal et forum © Mamadou Diol

Suuf, suuf la (Le Sable, c’est le sable), 2026, Mise en scène Mamadou Diol Thématiques : la pollution due au recyclage des batteries au plomb de Ngagne Diaw à Sebikotane • Comment faire de l’exposition chronique au plomb un problème public ? Diffusion : • Une première saynète a été jouée pour introduire la table ronde consacrée à la même thématique lors du Festival Kër Gu Mag, janvier 2026. • La pièce a été jouée dans une première version à Kër Gu Mag, février 2026.

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Lgende [Affiche de Suuf, suuf la, Kër Gu Mag, Février 2026]

ORGANISATION D’UN FESTIVAL :

Première édition du festival Kër Gu Mag « théâtre-forum et pollutions », les 30-31 janvier et 1er février 2026, dans le quartier Darou Salam de Sebikotane. Lien Airgeo Hypothèses

Média et presse

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Références

Chapitres de livre :

Diol Mouhamadou, « Informer, former, se situer et prendre la parole par le théâtre forum : le cas d’un projet arts-sciences-société sur le front d’industrialisation de Dakar », Claire Dutrait (entretien), dans Littérature africaine et écologie, Karthala, Paris, 2025, p. 213-222.

Dutrait Claire, « Contribution du théâtre-forum à la représentation de la zone critique. Le cas de deux pièces au sein d’un projet arts-sciences-société sur le front d’industrialisation de Dakar », dans Littérature africaine et écologie, Karthala, Paris, 2025, p. 197-211.

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