Kër Gu Mag, un théâtre-forum engagé pour l’environnement 

Formée en 2021 à l’occasion du projet AirGeo sous la direction du metteur en scène Mamadou Diol, la troupe de théâtre-forum de Sebikotane a trouvé en 2024 son nom, son lieu et son orientation : Kër Gu Mag ! Kër Gu Mag, qui signifie “la grande maison” en wolof, est le nom du groupe qui est né dans le cadre de l’Observatoire écocitoyen pour la connaissance des pollutions pour accompagner la sensibilisation des communautés sur les problématiques de santé environnementale et susciter leur participation. Depuis sa création, le groupe s’est donné pour mission d’utiliser le théâtre comme un outil de sensibilisation et de changement social. Le 1er janvier 2025, le centre culturel « Kër gu mag » est fondé dans le quartier populaire de Darou, pour servir d’espace de création et de diffusion artistique. Naissance d’un lieu pour le théâtre-forum à Sebikotane. Et déjà une tournée en vue.

Présentation du projet 

On le sait : (les termes du plaidoyer des journées du Forum NOYYINDOO - coté sciences de la santé et de l’environnement ).  Les pollutions sont un danger pour la santé, mais pas seulement : Les pollutions abîment aussi les paysages  Les pollutions polluent aussi la qualité des échanges en société. Les pollutions mettent les sciences au défi parce qu’elles obligent à croiser les connaissances des habitants avec celles des chercheurs Les pollutions perturbent aussi l’action publique parce qu’elles concentrent des intérêts très divergents.  Pour toutes ces raisons, les pollutions exigent qu’on se réorganise pour leur faire front, ensemble. Le groupe de théâtre KËR GU MAG de Sébikotane se distingue par son engagement envers les problématiques environnementales, en particulier celles liées à la pollution atmosphérique, la dégradation de l’environnement et à la qualité de l'air.  

Contexte : Sébikotane, une ville industrielle : Sébikotane est une ville qui subit les conséquences de l'implantation d'industries métallurgiques. Cette activité industrielle entraîne une pollution significative, affectant la qualité de l'air et la santé des habitants.

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Méthodologie : Le Théâtre forum, qu'est ce que c'est ?

Conscient des défis environnementaux auxquels la localité́ est confrontée, Kër Gu Mag a choisi de se spécialiser sur les thèmes de la pollution et de l’environnement. Le groupe aborde ces questions de manière participative et interactive, en utilisant les techniques du théâtre-forum pour mettre en scène des situations de la vie quotidienne liées à la pollution et à la dégradation de l’environnement, et permettre au public de prendre conscience de l’impact de ses actions sur l’écosystème. Pour ce faire, le groupe s’appuie sur des recherches et des données scientifiques pour informer le public sur les causes et les conséquences de la pollution et inviter le public à participer activement en proposant des versions alternatives aux situations présentées sur scène.

Le Théâtre-forum, un outil dialogique de conscientisation communautaire :

Le groupe KËR GU MAG pratique le théâtre forum comme principal outil d’expression et de mobilisation. Cette forme de théâtre participatif permet d’impliquer le public, celui des habitants comme celui des scientifiques et des autorités, dans une conversation communautaire pour la compréhension des problèmes abordés et la mise en action concertée. Le spectacle de théâtre-forum se divise en trois parties : la représentation théâtrale, le procès, et le forum. Le Théâtre-forum, un processus de création attentif au contexte Comme méthode de théâtre interactif, le théâtre-forum est une des formes du « théâtre de l’opprimé ». C’est un théâtre qui « est fait par le peuple et pour le peuple » qui se fonde sur deux convictions : celle que le théâtre peut et doit être un outil pour changer le monde, et celle que l’être humain possède le langage théâtral. Dans un premier temps, la troupe s’attache à enquêter sur la situation par une phase de fouilles : elle s’informe sur les préoccupations des habitants, sur les projets urbains auprès des autorités, auprès des scientifiques pour comprendre quelles sont leurs avancées sur la connaissance des pollutions. Puis, vient la phase de création d’une pièce : improvisations, écritures, reprises, création des personnages et des situations, travail du jeu d’acteurs, des costumes, des accessoires et des décors… il s’agit de créer un spectacle à part entière, avec son immersion esthétique, qui réponde à la situation posée scientifiquement tout en prenant en compte des points de vue différents qui existent dans la communauté. Le soin apporté à cette phase, en évitant un aspect informel, rehausse la qualité professionnelle du rendu final. L’enjeu est bien de tenir à la fois la valeur artistique et thématique de l’œuvre théâtrale, rendant un spectacle mémorable et engageant pour le public, ce qui peut se traduire par une portée plus grande dans la qualité des débats qui suivront la pièce. Ensuite, les comédiens jouent des scènes courtes évoquant des situations conflictuelles qui parlent à tous parce qu’elles reprennent des tensions existantes. L’art du théâtre les présente avec du jeu :  hautes tensions dramatiques et décharges comiques permettent que les spectateurs puissent se reconnaître sans en être offensés, mais se sentent interpelés sur leurs responsabilités. La pièce permet de mettre en partage le difficile à dire dans des situations complexes. Et enfin, le spectateur, désormais « spect-acteur » a un rôle fondamental : il est appelé à mettre en place des alternatives possibles aux difficultés rencontrées. En abattant la barrière entre spectateur et acteur, le but est de conscientiser le public et de le rendre acteur de son destin. Or le public est divers, il est composé d’habitants, de scientifiques, d’autorités : à partir des émotions partagées, le théâtre-forum donne l’occasion de se préoccuper en commun de problèmes qui affectent la qualité de vie.

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Le théâtre-forum, son fonctionnement souple, ses fonctions démocratiques L’avantage du théâtre-forum est qu’il peut être pratiqué dans n’importe quel type d’espace (en plein air, dans les quartiers, sur des places publiques, dans des écoles) et requiert peu de moyens logistiques. Le théâtre-forum, en plus de l’utilisation de la langue locale, se distingue par le fait qu’il peut être pratiqué dans n’importe quel espace sans souffrir de la rigueur des normes techniques conventionnelles auquel le théâtre occidental ou professionnel est soumis. Son format souple lui permet de s’adapter aux situations : sous forme de pièces, sous formes de saynètes, sur une place publique, dans un colloque, et même en salle de théâtre ! L’important est qu’il s’insère dans les échanges pour en améliorer la compréhension commune et la responsabilité de chacun. Le Théâtre de l’opprimé évolue dans les limites entre le théâtre, l’éducation, la thérapie, l’intervention sociale, l’animation de développement communautaire, la politique et les forums sciences et société. Cette approche permet d’aborder des thèmes très difficiles à aborder par la communication classique, que ce soit pour le changement de comportements individuels ou pour les prises de décision collectives. Sa fonction est de sensibiliser par la pratique, de former par le vécu, d’informer en exhibant une illégalité politique, sociale, épistémique ou encore une injustice environnementale, et d’ouvrir un espace dialogique et responsable. Il s’agit d’inciter les spect’acteurs à intervenir, à échanger, à s’écouter et à réfléchir ensemble comment changer la situation. En faisant cela, il instaure une confiance entre les présents qui sont d’horizons divers, et malgré la difficulté des sujets abordés.

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Équipes / membres 

Évènements 

Composé d’une vingtaine d’artistes-comédiens, le groupe KËR GU MAG entend poursuivre l’expérience de théâtre-forum qu’il a initiée avec le metteur en scène Mamadou Diol, en partenariat avec les projets de sciences participatives AirGeo depuis 2021 portant sur la qualité de l’air, ainsi qu’avec l’Observatoire écocitoyen pour la connaissance des pollutions dans la zone Sebikotane-Bargny-Diamniadio depuis 2024. Quatre pièces ont déjà été créées, sur la qualité de l’air à Sebikotane (Capteurs, 2022), sur la restitution des résultats scientifiques du projet AirGeo (Capteurs, le retour, 2023), sur l’urbanisation de la zone (Le Bentégné de Sorokh, 2025), sur la relation aux usines (La Résistance de Sebi Gare, 2025). Ces deux dernières pièces ont été jouées sous formes de saynètes pour introduire les tables-rondes du forum santé et environnement Noyyindoo en janvier 2025. Les deux premières ont été jouées lors des résidences des scientifiques du projet AirGeo, ainsi que lors du colloque Littératures africaines et écologie organisé à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.